Soucieuse de philosophie et de démocratie, PhiloCité s’intègre dans un courant vivace aujourd’hui : celui des « Nouvelles Pratiques Philosophiques » (NPP). Ce courant international est soutenu par l’Unesco parce qu’il contribue au développement des droits des enfants, et particulièrement du droit à une éducation libre.
Dans leur volonté de démocratiser l’accès à la philosophie, les NPP ont opposé théorie et pratique de la philosophie, délaissant un corpus « théorique » traditionnellement identifié à la philosophie. Elles ont ainsi malencontreusement contribué à cristalliser une opposition entre les pratiques académiques de la philosophie et de « nouvelles » pratiques en quête de légitimité. Dans ces nouveaux courants, on regrette que l’enseignement de la philosophie ait traditionnellement été pensé en dehors de toute question pédagogique.
Or, PhiloCité défend que la « pratique pure » est tout autant une illusion que la « pure théorie ». Il ne s’agit pas là de « sauver » le patrimoine de l’histoire de la philosophie, mais de refuser la disqualification générale du savoir et l’impuissance qu’elle provoque et entretient. Il est plus démocratique de redonner aux jeunes une prise sur les savoirs plutôt que, selon la mode managériale de l’époque, de les évacuer au profit d’un apprentissage de compétences (réunies sous le chapeau du « philosopher ») utiles pour automatiser les réflexes inoffensifs d’une citoyenneté prête à l’emploi. L’option spécifique de PhiloCité dans les NPP est donc la démocratisation des savoirs plutôt que leur abandon pur et simple au profit de compétences formelles.
Ce que nous préservons d’une approche par compétences, c’est, en amont, l’intérêt pour les rouages, les conditions de production et de reproduction, bref la dynamique du philosopher : comment se fait au juste la philosophie, par quelles opérations intellectuelles (et matérielles !) passe-t-elle ?
En aval, nous sommes attentifs aux effets de la théorie : que (nous) fait ou (nous) fait faire une théorie ? Quel usage en avons-nous ? Nous retenons en somme l’approche pragmatiste des NPP – « comment ça marche ? », « qu’est-ce que ça produit comme effet d’émancipation (ou pas) ? » – mais nous refusons la formalisation d’habiletés de pensée fonctionnant à vide ainsi que l’hyper-procéduralisation a priori.
Nous combattons ces pratiques de consultants qui, vendant leur recette, laissent faussement croire que certaines méthodes pourraient marcher toujours, indépendamment du contexte.
Contre cela, nous prônons et pratiquons l’historisation et la contextualisation : nous laissons une place à l’histoire de la philosophie, c’est-à-dire aussi à l’histoire des façons de faire de la philosophie (qui ne sont donc pas an-historiques) ; nous sommes très attentifs aux contextes dans lesquels on philosophe (jamais reproductibles à l’identique).
Pour le dire autrement : si la philosophie offre des « outils », ils viennent de quelque part et ils ne servent qu’adaptés à ces situations.

La philosophie se pratique, dans des formes singulières orales ou écrites (dialogue, essai, maïeutique, etc.) et des exercices diversifiés (méditation, tri des représentations, jeu de langage, etc.), qui ont leur histoire et produisent leurs effets.
La collection « Pratiques Philosophiques » dont Gaëlle Jeanmart est la directrice, met en lumière à la fois les pratiques anciennes et les « nouvelles pratiques philosophiques ». Ainsi, plutôt que d’opposer la pratique philosophique à la philosophie universitaire ou à l’histoire de la philosophie, nous envisageons la philosophie, et son histoire, sous l’angle spécifique de ses pratiques.
Faire cela, c’est questionner son accessibilité et son utilité pour nous aujourd’hui. Les « nouvelles » pratiques, qui se sont revendiquées explicitement comme des pratiques, visaient précisément à toucher des publics nouveaux (les enfants, le « tout public », le troisième âge, les militants, les étudiants et les enseignants en philosophie comme ailleurs), dans des cadres renouvelés (écoles, communes, formation continue, espaces de réflexion et de lutte, etc.), en appliquant diverses méthodes de discussion, moins marquées par le souci de l’apprentissage individuel que par une ambition de réflexion collective.
Les livres de cette collection sur les pratiques ont le même enjeu : rendre la philosophie plus populaire en l’envisageant comme un outil au service du plus grand nombre.
Les manuscrits disponibles : https://www.vrin.fr/catalogue?refine_search_type=author&refine_search_value=&editor=1&collections%5B%5D=308&q=
Sébastien Charbonnier, Aimer s’apprend aussi, Méditations spinoziennes, Vrin, 2019
François Galichet, Philosopher à tout âge, Vrin, 2019
PhiloCité, Philosopher par le dialogue, Quatre méthodes, Vrin, 2020
M.R. Gregory and M.J. Laverty (dir.), trad.de l’américain par J. Hawken, Ann Margaret SHARP, Aux sources de philosophie pour enfants, Vrin, 2023.
G. Matthews, trad.de l’américain par P. Audran, La philosophie de l’enfance, Vrin, 2023

Si la philosophie est pratique, elle nous aide à diriger notre vie et est donc aisément récupérable par les pratiques de développement personnel. En marquant un pas de côté par rapport à celles-ci, il ne s’agit pas pour nous d’être de nouveaux gardiens du temple, mais bien plutôt :

Le principe de tels cycles d’ateliers « Histoire de la philosophie en pratiques » est celui d’une forme irréductible tant à celle, classique, du cours de philosophie, qu’au dispositif formel de discussion proposé par les Nouvelles Pratiques Philosophiques. À la différence de ce dernier, il s’agit bien de transmettre un savoir, d’enseigner quelque chose du corpus philosophique.
Cependant, s’il s’agit d’un « atelier » et non d’un cours, c’est parce que l’exposition théorique y est réduite au strict nécessaire pour accéder à ce qu’on pourrait appeler la pointe pragmatique des concepts, c’est-à-dire l’angle sous lequel tel concept créé par tel auteur devient susceptible d’être « essayé » par chacun sur son existence singulière. L’objectif est alors d’essayer de comprendre l’expérience au prisme de tel concept, puis d’évaluer ce que cela change et si cela convient ou non.
Plusieurs partenariats sont envisagés dans les années à venir dans des écoles, à l’occasion de conférences et dans des centres pénitentiaires.

Depuis 2015, PhiloCité est impliqué dans l’organisation des rencontres internationales dédiées aux NPP. Ce colloque annuel se déroule autour de chantiers visant à mettre en discussion les formes dans lesquelles se déploient les NPP, principalement en francophonie.
En y organisant un chantier intitulé « PhiloPratiques », nous affirmons notre volonté de promouvoir une pratique ancrée dans le vécu des participants. En effet, toutes les interventions proposées y prennent la forme d’exercices reposant sur des apports théoriques très ciblés.
À la suite des exercices testés, une autre exigence tient à l’évaluation des effets produits (ou non) sur les participants, condition nécessaire pour en envisager les évolutions possibles ainsi que les conditions de mise en œuvre dans les contextes spécifiques de chacun.
Cette mise en discussion systématique des enjeux propres aux dispositifs testés vise également à se prémunir contre la tentation de standardiser les pratiques.
https://rinpp2025.sciencesconf.org/

PhiloCité est partenaire d’un projet porté par l’Inspé et l’Université de Nantes et financé par le programme Erasmus+. PHILéACT vise le développement pérenne de la pratique de la philosophie avec les enfants dans les écoles (4 à 16 ans) par la formation des enseignants et la valorisation auprès du grand public, des familles et du monde associatif et culturel.
Un site dédié sera prochainement mis en ligne sur lequel seront partagés notamment des ressources pédagogiques produites au cours du projet : livret de formation, vidéos d’ateliers de philosophie avec les enfants, bibliographies d’ouvrages de littérature de jeunesse…
PhiloCité se consacrera essentiellement à la rédaction du livret destiné aux formateurs à l’animation d’ateliers de philosophie.
Retrouvez le résultat de ce long projet : ici
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