Développer une pensée située dans le monde
L’action et la réflexion autour de l’écologie semblent aujourd’hui incontournables. Tâchant de nous prémunir contre un un discours normatif, nous avons été reconduits à l’exigence de savoir comment penser rigoureusement « la crise environnementale ».
Nous nous appuyons sur une distinction conceptuelle empruntée à l’éthologue Jakob von Uesküll entre environnement et milieu. Tandis que l’environnement est conçu comme une extériorité sur laquelle on pense et on agit,le milieu (Umwelt) désigne la multiplicité des mondes dans lesquels nous sommes pris au même titre que tous les êtres qui y séjournent et avec lesquels nous sommes en relation. Ainsi, tous ces êtres, humains ou non-humains, partagent un même environnement mais se différencient par leur monde propre, dépendant de ce qui est important pour chacun d’eux. Leurs intérêts respectifs déterminent la manière dont ils perçoivent et constituent les lieux qu’ils fréquentent. L’enjeu des ateliers est dès lors de prêter attention aux êtres qui nous entourent, d’interroger les relations qui nous lient à eux et d’essayer d’opérer des écarts par rapport à nos habitudes. Dans la lignée des travaux d’anthropologie de Philippe Descola, nous cherchons à déplacer notre manière usuelle de « faire monde », à prêter attention à ce qui importe pour d’autres, y compris s’ils ne sont pas humains.
Il nous est vite apparu que cet exercice ne peut se limiter aux êtres vivants. En particulier, les objets techniques conçus par d’autres êtres humains façonnent les milieux et les transforment. Et pourtant ils sont pour nous le plus souvent « invisibles » au sens où ils constituent aussi notre milieu de vie sans que nous sachions comment et de quoi ils sont faits, ni comment ils fonctionnent. Leur bon fonctionnement nous rend aveugles à eux. Lors des ateliers philo, nous cherchons à nous défaire du rapport utilitariste classique, rapport certes induit et entretenu par notre mode de production, mais aussi par un déficit de culture technique et un manque d’intérêt pour le fonctionnement des objets techniques (comme le relève entre autres Gilbert Simondon). Petit à petit, chacun s’éveille alors au fait que les objets techniques font partie de l’étoffe même de sa vie.
Pour produire ces écarts, nous cherchons à diagnostiquer nos modes d’attention et de perception habituels dans leur singularité en nous focalisant sur un objet commun. Penser de la sorte, à partir de l’existence d’un objet particulier sans qu’il soit envisagé comme une pièce interchangeable (ce que tend à induire le système productiviste avec des produits manufacturés qui ont une valeur marchande uniquement) ou comme le représentant d’une espèce (comme le tend à présenter les sciences de la nature) , penser plutôt à partir du rapport que nous entretenons par exemple avec un bic particulier ou un animal sauvage qui habite le parc voisin, nous plonge dans un processus de réflexion qui situe dans l’espace et dans le temps les modes de relations entretenus avec ces êtres. De cette façon, nous sommes en mesure de voir comment ces relations se transforment selon des considérations biographiques (pourquoi suis-je attaché à une moissonneuse batteuse ou à un chat, à un moment donné ? Comment la relation s’est transformée pour moi ? Pourquoi ?…). Et en quoi nous pouvons en faire l’objet d’une réflexion approfondie partagée au sein de ce qui devient un collectif ?
Des ateliers philo-laboratoires
Notre démarche de recherche et nos expériences de terrain ont fait évoluer notre conception des ateliers au cours des dernières années, notamment à l’école, où nous avons commencé à intégrer à la réflexion, outre l’art et la culture, les sciences et les techniques. Depuis 2022, ce déplacement qui implique l’articulation d’une pluralité d’expressions de la pensée (parler, marcher, dessiner, écrire, danser, jouer, observer etc.) nous a logiquement conduits à renommer nos ateliers « philo-art » : « ateliers philo-laboratoire ».
Un atelier philo-laboratoire consiste en un processus de création au sein duquel l’observation est mise en avant en tant qu’elle permet d’accéder à d’autres manières de percevoir. L’objectif est d’éprouver puis d’expliciter les catégories à partir desquelles nous agissons et pensons. Les souvenirs, les perceptions, les savoirs – nous convoquons tous les savoirs qui nous paraissent pertinents pour permettre au collectif d’avancer dans sa réflexion – sont autant de réservoirs de catégories. L’observation, l’imagination et les savoirs sont autant de pratiques qui nous permettent de « nous mettre à la place de », de nous rendre sensibles aux intérêts d’autres êtres que nous (et donc en retour de conscientiser notre propre place). Nous pouvons ainsi adopter des points de vue de naturalistes qui s’attachent à être familiers des insectes ou des oiseaux, des points de vue de techniciens familiers des machines et de leurs utilisateurs, etc. Pour y parvenir, le corps en entier doit être mobilisé afin d’explorer le milieu dans lequel nous nous trouvons à travers des actions aussi diverses que la marche, la collecte d’objets, la manipulation d’outils, la lecture d’images, la grimpe d’arbres, etc.
Exemples d’activités
Animations
- Cycles d’animations philo-laboratoires dans le cadre scolaire
- Rando-philo(-art) en autonomie
- Ateliers philo en Espace Public Numérique
- Animations philo ou philo-art dans le cadre de la Semaine sans écran organisé par le Pays de Herve 1x tous les deux ans
- Exposition « La vie des choses »
Formations
- Formation « Écologie : une approche philosophique pour l’école »
- Formation « Intelligence artificielle : une approche philosophique et technique des transformations culturelles actuelles », en collaboration avec NumEthic ASBL
- Participation à la formation dans le cadre du Certificat en Éducation Relative à l’environnement, en collaboration avec la Haute École Lucia de Brouckère
- Conception de la formation « Nouveaux éclairages sur la gestion des territoires » (en partenariat avec Écotopie)
Outils pédagogiques
- Livret de formation sur l’intelligence artificielle, en collaboration avec NumEthic ASBL , dans le cadre d’un subside octroyé par le CSEM
Conférence
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Conférences diverses comme « De l’autre côté des écrans »
Présentation : Quels sont les problèmes que nous pose l'usage des écrans par les jeunes aujourd'hui ?
Si l'addiction est extrêmement rare comme le disent les études cliniques, si les nouvelles technologies ont toujours effrayé les adultes, si les adultes utilisent eux-mêmes ces écrans, par quel bout prendre la question pour en faire un sujet de réflexion commun entre les ados et les adultes ?